Le Mythe de la gorgone Méduse

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Nous connaissons tou(te)s la terrifiante gorgone Méduse, mais peu de personnes connaissent son histoire. Il faut savoir que Méduse n’a pas toujours été monstrueuse. Que disent les mythes à son sujet ?

Méduse (Μέδουσα : « la protectrice ») est une petite fille de Gaïa (la Déesse mère, la Terre) et de Pontos (fils de Gaïa, la Mer) et sœur des Grées (les vieilles femmes). Et non, on ne va pas parler du fait que son grand-père soit également son oncle, ni du fait que ses parents soient frère et sœur.

Méduse avait fait vœu de servir la déesse Athéna (la Sagesse), et dans son temple dédié aux femmes sans maris ni amant, Poséidon (dieu de la mer, des océans et des tremblements de terre) s’est épris d’elle et l’a violée. On peut lire qu’Athéna fut très offensée de la violation de son temple, mais également qu’elle était jalouse de la beauté de Méduse. En tous cas, elle métamorphosa Méduse et ses deux sœurs en monstres, leurs cheveux devinrent serpents et leur regard transformera toute personne qui les regardera en pierre. Elles furent toutes trois condamnées à l’isolement pour le reste de leur vie, bannies par Athéna, on les appellera désormais les gorgones.

Persée, a pour mission de rapporter la tête de Méduse, il sera aidé par Athéna et Hermès (le dieu Messager), qui vont lui fournir des objets pour mener sa quête à bien. Il menace les Grées, qui sont les sœurs et également protectrices des gorgones, et les contraint à donner la position de la cachette de leurs petites sœurs.

Il parvint à décapiter Méduse et offrit sa tête à Athéna.

Voilà le topo, joie et amour. Je pourrais vous faire un récap’ sur le mythe de Persée… sauf que j’en ai pas envie. C’est dit.

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Persée tenant la tête de Méduse, Benvenuto Cellini, 1554

Selon Elizabeth Johnson (théologienne féministe américaine), cette statue avait pour but de mettre en garde contre le pouvoir politique croissant des femmes en Italie. 

Comme dans la vraie vie, c’est la victime de viol qui se fait défoncer.

Comme dans la vraie vie, on ferme les yeux face à son histoire.

Comme dans la vraie vie, on la punie.

Comme dans la vraie vie, on la rend repoussante.

Comme dans la vraie vie, on en fait un pariât.

Comme dans la vraie vie, sa famille est traînée elle aussi dans la honte.

Comme dans la vraie vie, on empêche sa famille de la protéger.

En bref, c’est le patriarcat qui a créé la monstrueuse gorgone Méduse.

Ça me fait d’ailleurs penser à l’histoire de Karaba, dans Kirikou et la SorcièreCette femme a été attaquée par des hommes qui lui ont enfoncé une épine dans le dos. La souffrance la transforme en méchante sorcière, qui sème la terreur sur tout un village duquel tous les hommes ont désormais disparu.

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La métamorphose de Méduse n’est pas hasardeuse. Ses cheveux sont transformés en serpents qui représentent la puissance féminine issue de la terre. Et son regard change quiconque le croise en pierre, on peut analyser ce pouvoir comme étant la capacité de provoquer une érection aux hommes.

Ce mythe met en opposition deux modèles féminins. D’une part celui d’Athéna, qui représente la sagesse et fait partie des divinités Olympiennes qui vivent dans le ciel. Athéna est née casquée, du crâne de son père (Zeus) et représente la vierge, la femme respectable aux yeux des hommes. Le fait qu’elle soit née toute formée du crâne de son père a pour effet d’occulter le mystère et son pouvoir féminin. Dans ce mythe, elle est dépeinte comme jalouse (elle transforme les cheveux de Méduse, qui sont son plus bel atout de séduction) et prise d’un instinct de rivalité et elle s’en prend à Méduse, qui au contraire aurait eu besoin de soutien.

Méduse, quant à elle symbolise un tout autre modèle féminin. Elle représente l’archétype de la femme fatale, la perversion. Il s’agit d’une divinité pré-olympienne associée aux mystérieux pouvoirs féminins de la terre, la féminité primitive.

Tobin Siebers (auteur spécialisé en sciences-humaines) pense qu’Athéna et Méduse sont deux pôles féminins, et qu’Athéna porte le gorgonéion sur son bouclier dans le but de s’emparer des pouvoirs féminins de Méduse. Il serait nécessaire de dompter la femme sauvage et la libido pour réaliser son projet patriarcal.

Nietzsche, dans « La Naissance de la tragédie » voit dans ce combat entre Méduse et Athéna (à travers Persée) le symbole de la lutte du principe apollinien d’ordre et de lumière contre le côté dionysiaque, obscur, intuitif et débordant d’émotions.

Comme dans la vraie vie, les femmes se jalousent.

Comme dans la vraie vie, la rivalité féminine est destructrice.

Comme dans la vraie vie, des femmes se rangent du côté des hommes pour gagner leur respect.

Comme dans la vraie vie, on étouffe et méprise la féminité primitive.

Comme dans la vraie vie, on veut occulter la libido des femmes.

Comme dans la vraie vie, on associe la femme séduisante à la perversion.

Comme dans la vraie vie, on veut une féminité qui rassure les hommes.

Le mythe reprend également la symbolique de la femme comme source de vie et de mort. En effet, du cou tranché de Méduse naissent Pégase (le cheval ailé) et Chrysaor. Oui parce qu’en plus elle est tombée enceinte de son violeur, comme si elle avait pas assez mangé. Le sang qui coule de sa blessure est recueilli, celui qui coule de la veine gauche est un poison mortel, tandis que celui qui perle de sa veine droite à le pouvoir de conjurer la mort.

Le gorgonéion, est le nom donné à la tête coupée de Méduse. Ce symbole est utilisé sur des boucliers ou en guise d’amulettes, il sert de protection et garde les secrets féminins. On sait qu’Athéna l’utilise sur son bouclier afin de s’approprier les pouvoirs féminins de Méduse. Ce motif, très répandu, aurait pour but d’inspirer la terreur pour exorciser ses propres peurs, notamment la peur de la vengeance féminine. Le gorgonéion  serait une expression symbolique du pouvoir féminin et de la rage des femmes. Ce grand pouvoir est donc réapproprié par les hommes et leurs représentants (ici Athéna), afin de le maîtriser et surtout d’en priver les femmes, considérées comme dangereuses. Les figures effrayantes étant associées au genre qui détient le pouvoir, il est logique de penser que le symbole du gorgonéion provient d’une ancienne société matriarcale.

Le fait que Méduse appartienne aux divinités pré-olympiennes montre que son mythe est très ancien.

D’après Joseph Campbell (mythologue américain), lors de l’arrivée en Grèce des envahisseurs, les lieux de culte aux divinités féminines auraient été petit à petit remplacés par un nouveau panthéon, celui des dieux de l’Olympe, bien plus patriarcal.

Eleanor Wilner (poète et éditrice américaine) rejoint cette pensée, elle écrit dans « The Medusa Connection » :

« il devrait être évident que le mythe raconte l’histoire d’une migration et d’une invasion, entraînant le remplacement d’une religion par une autre : celle des anciennes divinités élémentaires – de la nature et de l’engendrement, de la soumission aux forces chtoniennes de la terre et au cycle des saisons – par les nouveaux dieux immortels de l’Olympe, les dieux du ciel, de l’intellect et de la volonté, garants de la nouvelle et tragique autonomie des héros humains. »

Pausanias (géographe et écrivain grec) donne une version historique du mythe de Méduse. Dans cette version, Méduse serait une reine Libyenne, elle aurait été tuée durant une campagne contre Persée (un prince du Péloponnèse). Les représentations du VIIème siècle avant JC représentent Méduse comme une centaure, certainement pour représenter un peuple matriarcal de cavalières, dont l’animal totem était le cheval.

Méduse est devenu un symbole

« un important archétype de la créativité féminine […] une métaphore des pouvoirs précédemment cachés et dénigrés, des pouvoirs collectifs que nous commençons finalement à réclamer. » Annis Pratt (autrice américaine).

La guerre menée contre une femme est une déclaration de guerre contre toutes les femmes. C’est en étant solidaire que nous pourrons regagner nos pouvoirs. Si entre femmes on arrête de se tirer dans les pattes, et qu’on parvient et prendre conscience de notre force, les hommes n’auront plus qu’à trembler.

Medusa with the head of Perseus, Luciano Garbati, 2008

Alors, qu’est-ce qu’on en pense ?

Femmes qui courent avec les loups

Bien le bonjour mes braves! Je m’en viens vous parler d’un livre exceptionnel que toute personne devrait lire.
Il s’agit de Femmes qui courent avec les loups, histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage, de Clarissa Pinkola Estès, publié en 2001.

“La vie sauvage et la Femme sauvage sont toutes deux des espèces en danger.
Au fil du temps, nous avons vu la nature instinctive féminine saccagée, repoussée, envahie de constructions. On l’a malmenée, au même titre que la faune, la flore et les terres sauvages. Cela fait des milliers d’années que, sitôt que nous avons le dos tourné, on la relègue aux terres les plus arides de la psyché. Au cours de l’histoire, les terres spirituelles de la Femme Sauvage ont été pillées ou brûlées, ses tanières détruites au bulldozer, ses cycles naturels forcés à suivre des rythmes contraires à la nature pour le bon plaisir des autres…”

Clarissa Pinkola Estès est une analyste jungienne, docteure en psychologie ethno-clinique, conteuse, et sacrément féministe. Dans ce livre, elle reprend plusieurs contes populaires du monde, qu’elle va analyser. Elle en décortique les symboles et nous propose une interprétation visant à nous aider à retrouver nos forces et s’émanciper de la société qui a si longtemps cherché à nous domestiquer. Elle nous permet de nous reconnecter à la femme sauvage en nous, à nos capacités, à notre intuition et à notre instinct.

 Je vous offre quelques citations, qui peut-être seront difficiles à apprécier à leur juste valeur, car elles sont en dehors de leur contexte, puisque chacune est liée à un conte, son interprétation et les termes que l’autrice vulgarise.

“ Certains disent que le voile, c’est l’hymen, d’autres que c’est l’illusion. (…) Il est amusant de constater que si le voile a été utilisé pour dissimuler la beauté de la femme aux regards concupiscents, il fait aussi partie de la panoplie de la “femme fatale”. Porter un voile d’un certain style, à un certain moment, avec un certain amant, d’une certaine manière, c’est exsuder un érotisme torride qui coupe littéralement le souffle. En psychologie féminine, le voile est symbolique de la capacité qu’ont les femmes d’être, en présence ou en essence, ce qu’elles veulent“

“pour éviter de jouer les petites marchandes d’allumettes,il faut impérativement effectuer un geste essentiel.Il faut refuser de perdre votre temps avec ceux qui ne vous soutiennent pas dans votre art, dans votre vie.C’est dur mais c’est vrai.Sinon, vous allez mener une vie réduite qui va geler toute pensée,tout espoir, vos dons, l’écriture, la peinture, le théâtre, la danse.“

“ Chez beaucoup de femmes, une part considérable de ces blessures provient des espoirs déçus alors qu’elles attendaient raisonnablement de voir tenues les promesses qu’on leur avait faites : être traitées dignement, nourries à leur faim, avoir la liberté de parole,de pensée, de sentiment, de création. “

“ J’espère que vous allez laisser les histoires, c’est à dire la vie, vous arriver, que vous allez travailler avec ces histoires issues de votre existence -la votre, pas celle de quelqu’un d’autre- les arroser de votre sang et de vos larmes et de votre rire, jusqu’à ce qu’elles fleurissent et que vous fleurissiez pleinement à votre tour. C’est là la tâche, l’unique tâche. “

Je n’ai rien de plus à dire que : c’est de la bombe! Il faut absolument lire ce bouquin, et au plus vite. Foncez!

Je vous invite également à lire cet article, sur la gorgone Méduse, personnage mythologique, qui représente très bien l’archétype de la femme sauvage.

Et vous, il vous a fait quel effet ce bouquin ?

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Illustration : Giada Rose